Haïti célèbre les 222 ans de son bicolore en plein chaos et dans la crasse

Par la rédaction | Éditorial – 18 mai 2025
Ce 18 mai 2025, Haïti célèbre les 222 ans de son drapeau national. Un symbole fort, né à l’Arcahaie en 1803 de l’union des forces révolutionnaires contre l’oppression coloniale. Mais cette année encore, la commémoration vire au malaise. Car tandis que le bicolore bleu et rouge flotte dans les airs, le pays s’enfonce dans une crise existentielle profonde, miné par le chaos, la saleté, la peur et l’indifférence.
Depuis avril 2024, le Conseil Présidentiel de Transition (CPT) est en place. Plus d’un an d’existence, et pourtant, aucun cap clair, aucune stabilité, aucun début de solution aux urgences nationales. L’organe collégial, censé amorcer une transition vers la paix et la gouvernance, s’est enlisé dans des jeux de pouvoir stériles, laissant le peuple sans protection, sans repère, sans voix.
Pendant ce temps, les terroristes étendent leur emprise sur le pays. Dans la région métropolitaine seulement, entre 80 et 85 % du territoire de l’Ouest est désormais contrôlé par des bandes armées qualifiées à juste titre de terroristes. Ces derniers imposent leur loi, rackettent, tuent, déplacent, incendient. La République, elle, recule chaque jour un peu plus, incapable de défendre ses citoyens ni de garantir l’ordre le plus élémentaire.
Et pourtant, comme si de rien n’était, quelques autorités ont tenté d’organiser des parades à l’occasion de cette fête nationale. Des élèves en uniforme, encadrés par des enseignants sous-payés, ont défilé entre des montagnes d’ordures, particulièrement à l’entrée de Delmas 83. À Pétion-Ville, dans des rues que la pluie et le mépris ont transformées en égouts à ciel ouvert, les fanfares résonnaient péniblement au milieu d’une foule inquiète, dans une ville désormais méconnaissable, défigurée par l’insalubrité, la pauvreté et la peur.
Le spectacle est surréaliste : des drapeaux accrochés à quelques poteaux tordus, des enfants qui chantent pendant que plusieurs milliers d’autres se retrouvent dans les rues, sans abri parce qu’ils ont fui les rafales d’armes automatiques des terroristes qui rappellent qui détient réellement le pouvoir.
Mais le drame ne s’arrête pas là. Des milliers de citoyens, devenus sans-abri à cause des violences, des incendies et de l’inaction des autorités, ont vécu cette nuit de 18 mai 2025 sous la pluie, dans des campements de fortune. Ni prise en charge humanitaire, ni mot officiel pour eux. Juste l’indifférence d’un pays qui semble avoir oublié ses propres enfants.
Ce drapeau, cousu autrefois par Catherine Flon comme symbole d’unité et de liberté, flotte aujourd’hui au-dessus d’un pays éclaté, traumatisé, brisé. Peut-on encore parler de souveraineté quand les terroristes contrôlent la capitale ? Peut-on encore parler d’union quand des citoyens célèbrent sous les balles, les ordures et la pluie, pendant que d’autres paradent dans des salons climatisés ?
Ce 18 mai ne devrait pas être une célébration vide, mais un moment de vérité. Le drapeau ne peut être réduit à un décor de circonstance. Il doit redevenir le symbole d’un engagement collectif, d’une volonté politique ferme, d’une renaissance nationale.
Mais pour cela, il faudra du courage. Le courage de rompre avec les logiques de compromission. Le courage de nommer les choses : ce ne sont plus des bandits, mais des terroristes. Ce ne sont plus des “zones de non-droit”, mais des territoires abandonnés. Ce ne sont plus des gouvernants de transition, mais des responsables devant l’Histoire.
Le drapeau haïtien est une promesse. Il est temps d’arrêter de le trahir.




