Mémoire et silence : Pierre Buteau et l’oubli des luttes haïtiennes à La Rochelle,France.
Lors de la cérémonie du 10 mai 2025 à La Rochelle,France, l’historien Pierre Buteau a prononcé un discours qui a surpris par son absence de référence aux luttes haïtiennes contre l’esclavage. Une omission qui soulève des interrogations sur le rôle de la mémoire dans un tel contexte.
Le samedi 10 mai 2025, à l’occasion de la Journée nationale des mémoires de la traite, de l’esclavage et de leur abolition, la Ville de La Rochelle a organisé sa traditionnelle cérémonie commémorative. Celle-ci s’est tenue sur l’allée Aimé Césaire, à côté de la statue de Clarisse, dans ce port marqué par l’histoire de la traite négrière.
Comme à son habitude, la municipalité a convié une personnalité haïtienne à prendre la parole. Cette année, l’invité d’honneur était Pierre Buteau, historien réputé, ancien ministre de l’Éducation nationale d’Haïti, et président de l’Association Histoire d’Haïti. Sa venue laissait espérer un message fort, ancré dans l’histoire douloureuse et combative du peuple haïtien.
Pourtant, son discours a laissé une impression de vide. L’historien n’a évoqué ni la période esclavagiste, ni les luttes qui ont mené à l’abolition, ni les souffrances liées à la colonisation. Aucun mot non plus sur Jean-Jacques Dessalines, sur les généraux de l’armée indigène, ni sur la bataille de Vertières.
Ce silence surprend d’autant plus que, dans cette même cérémonie, plusieurs représentants français n’ont pas hésité à évoquer des sujets sensibles comme la dette de l’indépendance imposée à Haïti en 1825.
L’intervention de Pierre Buteau s’est concentrée sur les liens de coopération entre Port-au-Prince et La Rochelle. Il a salué les échanges éducatifs et culturels entre les deux villes, mettant en lumière des projets communs et des engagements partagés.
Certes, ces partenariats méritent d’être reconnus, mais leur mise en avant exclusive, dans un moment dédié à la mémoire des luttes contre l’oppression, a semblé déplacée à plusieurs observateurs.

Dans les discussions qui ont suivi la cérémonie, une question revenait avec insistance : pourquoi un historien haïtien, en terrain chargé d’histoire, a-t-il choisi de taire les figures fondatrices de la libération haïtienne ?Pourquoi éviter de rappeler que, si la Révolution française proclamait que tous les hommes naissent libres et égaux en droits, ce sont des esclaves insurgés qui, à Saint-Domingue, ont donné chair et sang à cette déclaration ?
Pourquoi laisser croire que la révolte des esclaves a simplement suivi les idéaux venus de France, quand elle fut, en réalité, une lutte autonome et radicale pour la dignité ?
Certains y voient une volonté de neutralité diplomatique. D’autres un effacement involontaire de la mémoire haïtienne dans un cadre encore fortement institutionnalisé.
Quoi qu’il en soit, dans une ville comme La Rochelle, ancien port négrier, désormais engagée dans un travail de mémoire sincère, la parole d’Haïti est attendue. Elle est nécessaire, non comme ornement symbolique, mais comme force de rappel, comme voix de résistance.
La mémoire n’est pas un simple devoir protocolaire. Elle est une exigence de vérité, un acte de transmission, une force vivante.
Le 10 mai à La Rochelle, cette voix a manqué. Et dans ce silence, c’est toute une histoire qui semble s’être tue.
Regarder le discours de Pierre Buteau ici :le discours de Pierre Buteau



