Réginald Boulos en chute libre : de l’empire économique aux centres de rétention
Ancien médecin, chef d’entreprise, et opposant politique, Boulos est aujourd’hui détenu aux États-Unis et menacé d’expulsion vers Haïti.

Pierre Réginald Boulos, médecin de formation, homme d’affaires influent et ancien acteur politique haïtien, est actuellement détenu aux États-Unis. Arrêté le 17 juillet 2025 à son domicile par les services de l’immigration, il est accusé d’avoir dissimulé des éléments clés dans ses documents migratoires, notamment ses engagements politiques et ses liens présumés avec des groupes armés. Il aurait également perdu son statut légal. Après avoir transité par un centre de détention fédéral, il a été transféré de nouveau vers un centre d’immigration en attente d’une audience prévue pour le 31 juillet.
Un médecin devenu entrepreneur
Réginald Boulos a débuté sa carrière dans la santé. Médecin spécialisé en santé publique, il a exercé pendant 14 ans dans le domaine, dont 12 ans comme professeur à la Faculté de médecine de l’Université d’État d’Haïti. Après avoir marquer la sphère médicale haïtienne Boulos a fait un virage vers l’entrepreneuriat.
À la tête du Groupe Boulos, il a dirigé certaines des plus grandes entreprises commerciales du pays : Delimart, Megamart, Universal Motors, Auto Plaza, Pétion-Ville Hardware Center (Pehacheve), et Universal Motors, qui a notamment obtenu un contrat gouvernemental dans le cadre du programme présidentiel Caravane du changement.
En parallèle de ses activités commerciales, Boulos a aussi investi dans les médias. Il a été PDG du journal Le Matin et actionnaire de la station de radio Vision 2000, deux institutions clés de l’espace médiatique haïtien.
De soutien du pouvoir à opposant acharné
En 2016, il soutient activement Jovenel Moïse lors de sa campagne présidentielle. Il devient l’un de ses alliés proches, avant de prendre ses distances en juillet 2018, à la suite des violentes émeutes provoquées par l’augmentation des prix du carburant. Plusieurs de ses entreprises sont pillées, ce qui marque un tournant majeur.
Après cet épisode, Boulos rompt publiquement avec le pouvoir. Il exprime ses regrets d’avoir soutenu Moïse, qu’il accuse de dérives autoritaires. Il fonde alors MTV-Haïti (Mouvement pour la Transformation et la Valorisation d’Haïti), un parti politique prônant une « troisième voie » et se positionne dans l’opposition.
Des déclarations sensibles sur les gangs
Au fil des années, Boulos a publiquement reconnu entretenir des liens avec certains chefs de gangs, qu’il qualifie de « leaders communautaires ». Il affirme les avoir soutenus pour des actions sociales – tournois de football, distribution de fournitures scolaires – tout en niant avoir financé l’achat d’armes. Selon lui, c’est à l’État de désarmer ces groupes. Ces propos, bien que fréquents dans son discours, sont aujourd’hui utilisés contre lui dans le cadre de son dossier migratoire.
Après l’assassinat de Moïse, un silence stratégique
Depuis l’assassinat du président Jovenel Moïse dans la nuit du 6 au 7 juillet 2021, Réginald Boulos s’est retiré de la vie publique. Il s’installe aux États-Unis, où il adopte un profil bas pendant plusieurs années.
Mais le 17 juillet 2025, les autorités américaines relancent l’affaire : il est arrêté, placé en détention, puis transféré dans un centre d’immigration où il se trouve toujours.
L’incertitude
À 69 ans, Réginald Boulos fait face à l’un des épisodes les plus incertains de sa vie. Ancien médecin, entrepreneur, patron de presse, acteur politique, il incarne un certain modèle de pouvoir en Haïti : à la fois influent, contesté, résilient pour certains, opportuniste pour d’autres.
Son audience du 31 juillet pourrait décider de son avenir immédiat. Un retour en Haïti est désormais plus que probable. Reste à savoir s’il y reviendra comme simple citoyen, ou s’il ambitionne encore de peser sur l’avenir politique du pays.




